Qui est Alfredo?

Qui est Alfredo ?
Il se déplace comme une image glissante sur le trottoir, peut-être l’ombre d’un homme, invisible, est-ce une élégance étrange qui confère à sa démarche cette grâce, cette lenteur du mouvement.
Un silence d’abord et puis, sa main se pose sur quelque chose de vous, peut-être pas, peut-être juste un effleurement, peut-être pas, un geste peut-être, juste, cette demande de vous, cet appel à l’attention, parce qu’il vous balance ses yeux, en pleine figure, en plein regard, en pleine indécence, il regarde sans rien dire, un instant qui semble le voyage qu’il nous faut accomplir pour le rejoindre et puis comme un automate, les mots tombent de ses yeux, les mots s’étirent jusqu'à ses yeux, il y a le point des i dans ses yeux, même si la bouche ébauche un murmure, c’est dans ses yeux que j’entends ses mots.
Ils sont en quoi tes yeux Alfredo? En mer, en ciel, en flaque de pluie, ou bien simplement en ce qui se reflète de toi, ce geste d’ouvrir de toi tout ce qu’il y a de plus tendre, de plus chaud, de plus rassurant surtout, tu as dit, « je te parle » et je suis restée là, devant toi sans voix.
Je ne sais pas.
Je pense à toi sans comprendre, dans ton absence, ou bien dans les éclaboussures du bleu de tes yeux.
Sais-tu que je reçois tes mots, comme une pluie d’étoiles, avant qu’ils ne s’éteignent et retombent abîmés sur le trottoir, sais-tu qu’ils restent aux bouts de mes doigts et s’entremêlent aux miens ?
Je suis sortie ce matin à l’heure ou le soleil s’éclaire sur les choses, sans se poser vraiment, il n’y avait que lui dans la rue, je t’ai cherché, sans savoir où guider mes pas.
Qui est Alfredo ?
Je ne sais pas.
Le square des Poètes

Paris des jardins à l'heure des passants. Elle est seule, éblouissante, son regard attire et se mêle à la lumière, la solitude de son attente confère à la plus haute des séductions. Les autres la regarde, elle, indifférente, rien ne peut la soustraire de son attente, les autres la regarde, moi, je la sais, les yeux fermés, tout s'efface, s'éloigne et se rapproche, plus de passants, plus de bruit, le banc, les arbres du jardin, le cri des enfants.
La main coulée le long de sa robe, vague d'écume enroulée, soie mouvante, sa main posée, frémissante, l'effroi de son regard éperdu, l'esquisse du bonheur tour à tour effacé d'angoisse. Les autres la regardent et moi, je l'imagine, il avait dit cinq heures, cinq heures au square des poètes.
Alors, je l’ai imaginé lui, pour abréger son attente, j'ai vu la lumière éblouie qu'il éteignait au monde, l'infinie douceur de son regard. Je l'ai vu s'avancer, prendre sa main, elle s'est élancée, dans un mouvement de corolle. Un sourire est venu chavirer la grâce de son visage, l'émotion défigure jusqu'à la saignée des larmes. Comme le bruit du bonheur des chevaux de lune les ont emmenés, brouillés dans ma mémoire. Balancés dans la neige des nuages, ils ont ri des étoiles qui traversaient leurs yeux, ils ont cueillis dans de grands bouquets les rêves de l'amour, récusés de ceux qui les nient et oubliés.
Qui dira ce qu'ils sont devenus, disparus et emportés, qui dira?
J'ai vu, elle s'est levée chancelante, la main près du visage retenant je ne sais quelle douleur de femme ou d'enfant perdu.
Il avait cinq heures, il n’est pas là, qui le retient prisonnier?
Dans quelle absence s'est-il perdu?
Dans quelle impossibilité, son pas tranquille, s'est-il dérobé?
Alangui, le soir avait refermé les bras, dans son habit traînaient encore les poussières du chemin. Elle était devenue transparente des salissures du ciel, teintée d'ambre et d'or, le noir de la nuit effacera l'image des larmes que je ne peux imaginer sur son visage, les autres la regarde, elle, ma sœur, personne ne voit et moi, je sais.
Dire d’elle revient à la parole chuchotée, presque silencieuse, un doigt sur la bouche, comme on tait un secret, parler d’elle c’est me souvenir, c’est sourire et souffrir.
C’est revenir encore plus en arrière, à la lumière bleutée, paradoxale d’un songe ou d’une vérité inacceptable, frémissement de la mémoire, parler d’elle, revient à accepter la tangibilité de l’histoire, ma sœur, ombre escamotée, omniprésente, alternance d’absence, ma sœur, ombre de mon ombre et témoin.
Nous n’en parlions jamais, car les mots n’existent pas pour toucher cette histoire, elle est gravée sur nos peaux, à la transparence d’une langue inconnue, laisse une densité, une gravité souvent reprochée, souvent gêne la disgrâce, et déchaîne l’éloignement, l’ironie ou la méchanceté gratuite, il y a des rires alentours lorsque rien ne vous ressemble, il y a des sarcasmes, et des sentences redoutables devant l’incompréhension, preuves d’un monde malade.
Parfois l’inconcevable enferme l’esprit, se rejette, se refuse et s’étiquette, il faudrait parquer ces gens là, comme le furent les indiens, les noirs, les jaunes, les rouges, les rayés, les poilus, les gros, les maigres, ceux-là, les différents, enfin, ceux qui dérangent et grelottent d’être découverts, comment les définir d’ailleurs ? Les coupables, les indignes ?
De toute façon, il faut leur donner un nom, comment accepter l’inexplicable sinon ?
Nous étions une, avec un peu plus de jambes et de bras que les autres, de longues tresses serpentaient le long de nos épaules, la lumière du jour ondulait dans les siennes, tandis qu’étincelait le bleu du soir dans les miennes. Elle ou moi, ensemble ou séparées, c’était pareil, l’une derrière l’autre, l’image s’est confondue une ou deux ? nous ne savions pas, dans la même foulée, nos jupes plissées dansaient au dessus des chaussettes blanches et des chaussures vernies, saute, saute à chat perché, aura une tapette, saute, saute, nous n’irons plus au bois, qui de toi ou de moi, qui voyait la différence ?
Nous allions au bois, nous nous sauvions pour cela, il y avait toujours l’instant, guetté, rêvé, un bruissement dans l’air, envolées, les gazelles, les demoiselles, jolies, si jolies, le vent jouait dans nos petits dessous, si légères, petits froufrous des jupons, nos éclats de rire, nos mains serrées, nous avions peur, seules, sauvées, à nous.
Aimer un peu
J'aimais vous regarder, parfois immobile votre main posée là, sur la poitrine, vous me racontiez des choses et j'aimais bien vous écouter, j'ignore tant de tout ce que l'on peut apprendre ailleurs. Moi, je regardais l'histoire de votre main posée, troublante, une main complètement étrangère, séparée de vous, dont l’ombre pourtant se révélait dans la lumière du soir. Je ne voyais plus que votre main, seule, différente, blanche et frémissante. La voix se brisait parfois, hésitante et douce, je n’écoutais plus les mots, subjuguée, ce soir là, j’avais atteint l’extrême intimité de votre âme, j’en ai senti le souffle soupirer à mon visage. Vous avez dit - Vous m’aimez bien ? - j’ai dit, oui, je vous aime bien, je n’aurai pas dit cela ainsi, mais je vous aime bien. Il a fermé les yeux pour toujours un soir de juillet. Il était mon seul ami.


A l'ouest d'un pays

C‘est l’automne à l’ouest de ce pays, il y a dans le ciel aujourd’hui, un ballet d’oiseaux blancs, un ciel qui parfois se délabre et parfois se laisse cueillir en larges brassées de fleurs étranges et pâles. Un ciel si bas, menaçant toute forme d’horizon.
Je marchais seule, tapis de feuilles mordorées, je ne dirai pas fanées, pas plus que mortes, l’or épais, brûlant, ruisselle, douceur à même sous mon pas, rien ne peut mourir d’une telle douceur.
Je marchais seule. Les arbres tout autour, traçaient un spectacle dont la couleur entre le blond et le rouge allumait un ton indéfinissable. J’entendais l’écho de mon pas, résonance étrange, tandis qu’une image lentement à l’affût, plus légère et bien plus qu’inaudible : invisible et pourtant se détachait de la mienne. Sous mes yeux la vision tremblait, se couvrait d’un halo de point lumineux, de petites sphères étincelantes.
Je marchais seule, à gauche du chemin les feuilles viraient au noir, un long scarabée tranquille a traversé lentement à l’oblique, gros tracteur vert. Il advient que mes mains se joignent et l’une par l’autre, à mi-chemin entre jubilation et inquiétude je suis vivante, tout est à sa place.
Quelques mètres plus loin, commençait un champ plat d’un gris noir aux reflets verts à peine perceptibles. Campagne arasée que hantaient les chevaux. Des nappes de brume, flottaient au-dessus du sol, laissant visibles des mottes de terre mélangées de pierres jaunes. Puis vient la terre meuble.
Il était là, tout de noir et de brillance. Le velours de ses joues était voilé par un duvet de fumée légère, les lèvres mobiles se retroussaient sur des dents d’une exquise blancheur, la courbe des naseaux, les oreilles petites et droites étroitement dressées au dessus de sa tête. Sans même l’apercevoir, soudain son corps s’est détaché des autres, immobile sur l’herbe inondée, il me regardait.
Légèrement la terre un peu grasse s’échappait des sabots, se dégageait une substance vague, niée par son regard, un fouillis de tant d’issues inépuisables. Il est venu accompagné d’un telle grâce poser sa bouche au creux de mes deux mains. Mouvements immobiles vers des pas calculés d’avance, imaginés peut-être, je ne sais pas, il dansait impatient sur lui-même, je ne sais pas. Son regard ne disait rien. Tout ce qui se voulait léger s’exprimait à l’instant même en la pesanteur du silence. Touché, l’affolement de son regard, l’absence du geste le rassure et l’efface, un geste le même, touché du doigt le velours si doux. D’un doigt, d’un geste timide caresse ce passage, courbe s’enflant ici, s’effaçant là, recule.
Son regard ne disait rien. Et je savais tout, se balançait entre, là et fuir, il était là pourtant et ne l’était pas.
J’entendais le bruit mouillé des babines au creux de ma main.
J’entendais sa peur mêlée d’audace. S’ouvrait, palpitait seulement le creux de sa hanche, seulement sa peau auréolée d’une légère brume de chaud, luisante, frémissante et nerveuse.
Dans la lumière soudain fanée, vieillotte que je regarde et aspire, la pluie et venue provoquant un mouvement dérapé, glissade, juste pour entre mes mains, le sentir fuir.
J’ai quitté la barrière sans me retourner, laissant maints choix possibles, peut-être celui de me rejoindre d’un galop, peut-être celui de m’oublier. Le regarder l’aurai rendu captif, imprévisible son regard se tait comme si chaque rayon de soleil risquait de le blesser. Son regard braqué en un point « inimaginé » s’est appuyé un instant sur moi, inspiration, sans s’arrêter.
Enfui, il rejoignait déjà je ne sais où, un horizon plus clair, peut-être l’infini que j’avais lu dans son regard et j’avais le sentiment lourd de me trouver au bout du monde, sur le bord d’un abîme immense, condamnée à être aspirée par les remous houleux et étrangement séduisants du désespoir total.
Puis ce fut comme une aube venant très doucement. Je crus d’abord me tromper, cette bande lumineuse très douce au-delà d’un horizon invisible, mes yeux attribuèrent ce phénomène à quelques secrètes réserves de lumière. Et pourtant, c’était bien l’aube, la tache grise surgie derrière l’horizon s’élargie. Le jour se lève emportant mon rêve à jamais.




Ensuite, heureusement, il y a les rêves à nous sauver la vie, ou bien,
à nous donner une légère vision de futur... Qui peut le dire ? (Nazzareno)
La vie d'un enfant

Pourquoi pleures-tu ?
Je ne sais pas, peut-être que la vie d’un enfant est enfermée là pour toujours, dans son chant, dans son rire, dans ses pleurs, peut-être qu’il ne sait pas autrement, moineau inattendu et seul, posé là, juste en cet endroit de la vie aussi incongru qu’inutile, une vie que rien ne justifie, pas même sa propre réalité.
C’est si peu de chose la vie d’un enfant, elle tient dans ce peu, enroulée dans l’infini de son hésitation, la vie d’un enfant palpite au cœur de l’oiseau, aussi fragile qu’un songe.
Déjà, la vie de l’enfant se fraye un chemin dans l’ailleurs des grands, un jour enfin, il prendra conscience de la mort, sa vie est perdue, volée, ainsi l’enfant sans le savoir deviendra quelqu’un d’autre.
Qui a pensé à la vie d’un enfant ?
C’est si peu de chose la vie d’un enfant, elle tient dans ce peu, enroulée dans l’infini de son hésitation, la vie d’un enfant palpite au cœur de l’oiseau, aussi fragile qu’un songe.
Une vie d’enfant est trop petite pour se taire, qui reste pourtant dans le silence de la résignation, du trop tard, d’une vie laissée si nue, qu’elle se faufile en tremblant dans celle du grand qu’il est devenu.
Une vie d’enfant est trop petite pour se taire.
Pourquoi pleures-tu ?
Qui sait où s’en vont les vies bousculées,torturées, les vies écartées, remplacées ? Qui a ce droit de regard sur la vie des enfants ?
Vont-elles tourmenter leurs nuits ? Vont-elles peupler d’étoiles les rêves qui ne descendront jamais jusqu'à eux. Qui a entendu le grelot des rires de toutes ces petites vies purgatoires, enroulées ainsi qu’une ronde folle et lumineuse dans le ciel de celui qui se souvient.
Pourquoi pleures-tu ?
Je suis compliquée dites-vous?

Tu dis que je suis grave, que je pense trop, que je suis compliquée,
Tu dis que tu aimes bien.
Oui, mais tu dis que je suis compliquée.
Et je retourne là-bas, parce que, écoute, je m'interroge, je suis du bout des doigts la lisière d'écume, la mer ici, dangereuse et souveraine, juste cet endroit de mer et de terre entremêlées, est-ce que s'arrête ici la terre? Est-ce la naissance des eaux? Quel est cet endroit de rencontre entre le ruissellement des pluies et des cristaux de sel qui fabriquera cette mousse frileuse et perfide?
Ca n'a pas d'importance?
La mer s'arrête ici, pourquoi?
La mer s'arrête, la terre commence, la mer grignote sur la terre tout doucement, non, la mer commence ici, et la terre s'abandonne, le mélange tumultueux se noie dans l'immensité, s'étire aussi la question sans réponse parce que tout au fond, là-bas, le ciel se couche pour mourir, au bout du ciel, des flots, de l'horizon?
Dis ? Le ciel se couche pour mourir tout au fond de l'horizon?
Et si la mer déborde un jour ?
Se peut-il que cette plage de dentelle mousseuse, innocente et enfantine jouant de son verbiage en clapotis délicieux, se peut-il, poursuivie en serpent capricieux, et perdue au loin, au noir, au plus profond, donnant sur un monde ténébreux, inconnu.
Tu dis que je pense trop. Tu dis que tu aimes bien.
Qui est compliqué ?
Faut-il?

Faut-il s’incruster d’une béance ?
Faire d’un jour sur l’autre
Le jeu d’une attente improbable
Des mots en vagues douces
L’ombre du sens revient chaque nuit.
L’instant d’un son vrille mon souffle
Puis surgit le silence
Quand l’heure se dépasse
L’appel s’en remet au hasard
Rien que des bruits ordinaires
Faire d’un jour sur l’autre
Le jeu d’une attente improbable
Et pourquoi ferais-tu ce geste fou ?
Enfui déjà au creux de l’ombre
Le vent s’étend tout au long
D’un paysage effacé.
"Le dit" de Sir Edmund Hillary
« Le dit » de Sir Edmund HILLARY - Un regard depuis le sommet.
Avant-propos de son livre autobiographique

« Ceci est l’histoire de ma vie, un condensé de soixante dix-neuf années d’activité intense en quelques centaines de pages. Mon point de vue ne coïncide peut-être pas toujours avec les récits de mes compagnons, mais c’est ainsi que j’ai clairement vu les évènements au moment où je les vivais.
J’ai eu beaucoup de chance, une bonne dose de succès et ma part de chagrins aussi. Depuis l’instant où j’ai atteint le sommet de l’Everest, il y a plus de quarante-cinq ans, les médias m’ont taxé de héros, mais je me suis toujours considéré comme un homme de capacité modeste. Mes exploits étaient bien davantage le fruit d’une imagination débordante et d’une grande énergie.
Enfant, j’étais un grand rêveur, je dévorais les livres d’aventures et me lançais dans de longues promenades solitaires, la tête dans les nuages. J’ignorais alors que tant de défis passionnants m’attendaient et que je récolterais une moisson d’honneurs et de récompenses au fil des ans.
J’ai eu la chance de rencontrer des reines et des princes, des présidents et des premiers ministres, mais les amitiés étroites que j’ai nouées avec des hommes de toutes sortes de culture m’importent peut-être davantage encore.
Les exploits comptent et j’ai savouré bien des aventures mémorables, mais les projets que j’ai pu accomplir pour mes amis des Himalayas sont bien plus précieux.
Eux aussi, à leur façon, ont été de grands défis : construire en montagne des terrains d’aviation, des écoles, des hôpitaux et des cliniques, restaurer des monastères bouddhistes. Ce sont là les projets dont je me souviendrai toujours. ».
« Lorsque des alpinistes meurent en montagne, leur famille et leurs amis se consolent et c’est compréhensible, en se disant qu’ils sont morts en faisant ce qu’ils aimaient le plus et que leurs corps reposent dans les montagnes qu’ils chérissaient. Cette approche doit effectivement aider à surmonter son chagrin et en cela, constitue une réaction positive. Mais je n’ai jamais eu envie de finir mes jours au fond d’une crevasse. J’ai vu trop de fois le fond pour leur trouver beaucoup d’attrait : je suis une personne assez peureuse et préférerais partir paisiblement, si c’était possible. J’aimerai même que mes cendres soient dispersées sur les flots du Golfe d’Hauraki, à Auckland, afin que les vagues les disséminent tranquillement sur les plages du lieu où je suis né. J’aurai alors bouclé le cercle de ma vie. »
Sir Edmund Hillary nous a quitté.
Vainqueur de l'Everest en 1953, en compagnie du sherpa Tenzing Norgay. La vie d'Edmund Hillary était empreinte d'aventures, de grands défis, de découvertes, d'excitation et d'humilité.
D'abord engagé au sein d'une équipe néo-zélandaise lancée à la conquête du "toit du monde" en 1951, l'alpiniste n'avait ainsi pas reculé devant un premier échec et une tentative infructueuse, repartant deux ans plus tard sous un étendard britannique. "Encore quelques pas d'épuisement et il n'y aurait plus rien au-dessus de nous que le ciel. Il n'y a avait plus de corniche, ni de pinacle. Nous nous tenions debout tous les deux en haut du sommet. Il y avait de la place pour à peine six personnes. Nous avions conquis l'Everest", avait-il confié dans un livre paru quelques années après son exploit.
Ce jour-là, les deux compagnons n'étaient restés qu'à peine 15 minutes à regarder le monde depuis sa plus haute cime, le temps de prendre quelques clichés avant d'entamer une redescente longue et périlleuse.
Parmi les nombreuses distinctions que reçut l'alpiniste figure celle de chevalier commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique, décernée en 1953 par la reine Elizabeth II, quelques jours après son intronisation.
Parfois déroutant d'humilité, Edmund Hillary avait eu notamment des mots incrédules après le déluge de félicitations qui avait suivi leur exploit, résumant leur expédition à "la simple ascension d'une montagne".
Très attaché au peuple népalais dont il connaissait la richesse, l'alpiniste néo-zélandais a consacré une large partie de sa vie à oeuvrer pour le développement de ce pays d'Asie.
Adieu Sir Edmund Hillary.
J'ai fait tous les 8000

"La chair est triste, hélas! Et j'ai lu tous les livres. Fuir! Là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres D'être parmi l'écume inconnue et les cieux! » Stéphane Mallarmé (Brise marine)
Je n’ai rien à dire sur la chair… en revanche, « fuir ! Là-bas fuir ! » Oui, je veux toujours fuir et j'ai lu tous les livres, même celui trouvé à Saragosse. Je suis de nulle part, tout ce qu’ils vont perdre, je l'ai déjà perdu. Je n'ai jamais vu le lac Baïkal. Baïkal, c'est un nom qui évoque la résonance du blizzard endormi, au frôlé de la Taïga.
J’ai traversé la ligne de l'horizon de ceux qui l’ont touchée du doigt sans jamais l’atteindre, j’ai goûté l’eau des oiseaux quand la mer est devenue banquise. Je connais l’envers du vent, et la texture des étoiles, Cassiopée, Orion, Céphée. Je suis revenue de tous les déserts et des contrées les plus lointaines.
Ils disent que le chemin qui serpente jusqu'au camp de base de l'Everest est d'une beauté hallucinante... "Fuir! Là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres d'être parmi l'écume inconnue et les cieux! »
Les quatorze 8000 sont une référence incontournable de la culture himalayenne depuis les années 80. Ce défi d'envergure et cette aventure humaine fut inventée il y a une trentaine d'année.
La naissance des quatorze 8000.
A l'époque où la géographie prenait en main la mesure des montagnes du monde, l'imaginaire des cartographes fût frappé par cette altitude qui semble celle de la limite du monde, de notre monde. Ainsi, les sommets de plus de 8000 mètres entrent en même temps sur les cartes que dans la légende. La rareté de ces sommets et leur altitude « extrême » sont à l'origine de ce qui va devenir la légende des quatorze 8000.
Les noms des quatorze "huitmillistes".
L'incontournable Reinhold Messner sera le premier de cette poignée d'himalayistes. Ce sud tyrolien mettra 16 ans pour accomplir ce tour d'horizon par le haut. Il commencera avec sa victoire au Nanga Parbat le 27 juin 1970 et conclura au Lhotse le 16 octobre 1986 à l'âge de 42 ans.
Jerzy Kukuczka, monstre sacré de l'himalayisme polonais " ouvre le bal" avec le Lhoste en 1979 et finit par le Shisha Pangma en 1987. Il disparaîtra en face sud du Lhotse quatre ans plus tard à l'age de 39 ans.
Durant de longues années, Messner et Kukuczka demeurent uniques en leur genre. Il faut attendre 1995 pour que le Suisse Erhard Loretan rejoigne cette catégorie hors norme. Il commencera l'aventure par le Nanga Parbat en 1982 et bouclera par le Kangchenjunga en 1995 à l'âge de 36 ans.
Un an plus tard, Carlos Carsolio, un mexicain de 33 ans, élargit le cercle très fermé des alpinistes ayant gravis les quatorze 8 000. Il fera son parcours par les 14 sommets en dix petites années. Mais l'année 1996 apportera un second "lauréat" : Krystof Wielicki, un polonais de 45 ans qui avait commencé par l'Everest en 1980 et achevé son challenge par l'Hidden Peak.
En mai 1998, le 6ème "élu" est Fausto de Stefani, un italien de 46 ans. Il avait débuté son parcours par l'impressionnant K2, il est suivit la même année par son compatriote Sergio Martini.
En 1999, deux vainqueurs de plus arrivent : Juanito Oiazabal, un basque de 43 ans et Park Young Seok, un coréen.
Alberto Inurrategi rejoint le "club des 14" en 2002.
En 2005, c'est au tour de l'américain Ed Viesturs puis du britannique Alan Hinkes.
Les quatorze 8000 : L'Everest, Le K2 ou Chogori, Le Kangchenjunga, Le Lhotse, Le Makalu. Le Cho Oyu. Le Dhaulagiri. Le Manaslu. Le Nanga Parbat. L'Annapurna. L'Hidden Peak ou Gasherbrum I. Le Broad Peak ou Paal Chen Ri. Le Gasherbrum II. Le Shisha Pangma ou Goseintan.
et j'ai lu tous les livres même celui trouvé à Saragosse... et tous les 8000... Fuir là-bas...
Et inversement

Pour aboyer clairement, ce n’est pas parce que Mathilde m’appelle As que je lui réponds, chaque fois qu’elle me désigne par un nom qu’elle ne m’a pas donné, puisque je n’ai pas été baptisé ainsi. Non, moi, je lui réponds tout simplement parce que je l’aime. Voilà tout. Et tout ça n’a rien à voir avec le fait que je suis un carlin.
De plus, je me permets de vous expliquer en vue d’une meilleure compréhension, j’ai beaucoup de difficulté à m’exprimer en dialecte humain. Alors, s’il faut tenir compte en plus des différences raciales et idéologiques, je vais sûrement finir par aboyer. Et la communication sera complètement coupée.
En outre, vous ne feriez certainement pas l’effort de décoder la langue des chiens, dans laquelle je m’exprime habituellement. C’est pour cela que j’entends déjà certains d’entre vous protester que c’est une faute intolérable dans le dialecte humain si je dis par exemple « à cause que ».
Que non seulement c’est mal dit, mais en plus que cela n’existe pas. Mais cela n’a aucune importance dans la langue des chiens, je tiens à le préciser. A cause qu’une cause reste toujours une cause, même si on n’a pas dit « parce que ». D’autre part, nous considérons, nous les chiens, qu’une cause peut toujours en cacher une autre. Par exemple, l’homme peut croire que quelque chose est à cause de quelque chose. Mais en fait, il est possible que ce soit à cause d’autre chose, qu’il ne soupçonne même pas.
Qu’il ne sait même pas que ça existe. Et les humains ont besoin de l’illusion de croire que la cause est toujours la bonne. Que leur cause humaine est toujours une cause juste. Mais cette nuance est seulement valable du point de vue des chiens et de leur langue. Car il n’est pas sûr que les hommes en comprennent bien le sens.
Si je dis donc « à cause que », vous voudrez bien m’en excuser et j’essaierai désormais d’utiliser le « parce que » humain.
A cause que je suis toujours animé par le souci non partagé d’une meilleure compréhension entre les divers langages. Et si par mégarde le « à cause que » se servait à nouveau de moi, ce serait tout simplement parce que je tiens à la nuance, en tant que chien.
A cause que la nuance apporte beaucoup plus de lumière sur les véritables causes, en s’efforçant de dissiper l’illusion humaine, d’autant plus illusoire qu’elle n’a pas conscience d’être illusion. Qu’elle ne sait même pas ce qu’est une illusion. Ce qui est tout à fait normal pour l’humain en général qui, s’il pensait illusion serait obligé du même coup à se penser lui-même. De se voir donc enfin lui-même. Ce qui est fort difficile pour l’humain, qui est loin d’être assez chien pour cela.